délecter

délecter

délecter [ delɛkte ] v. tr. <conjug. : 1>
• 1340; lat. delectare; a remplacé delitier, deliter (v. 1120)
1Vx ou littér. Remplir (qqn) d'un plaisir savouré avec délices. charmer, flatter, 2. régaler, réjouir. « Ce qui délectait ainsi mon jeune précepteur, c'était le spectacle même du jeu de la vie » (Fromentin).
2SE DÉLECTERv. pron.(v. 1361)Cour. Prendre un plaisir délicieux (à qqch.). 1. goûter, savourer; se plaire (à); jouir, se régaler, se réjouir, se repaître (de). Se délecter de qqch. Je m'en délecte à l'avance. « Quand je rêve [...] je me délecte assez souvent de ce dont ma veille sagement se prive » (Colette). Se délecter à faire, à envisager qqch.
⊗ CONTR. Dégoûter. Détester.

délecter (se)
v. Pron. Trouver un vif plaisir à (qqch). Le repas était délicieux et je me délectais.
Se délecter d'un spectacle.

⇒DÉLECTER, verbe trans.
A.— Rare, littér. Procurer un très grand plaisir, une sensation très agréable à (quelqu'un). Délecter les sens, le cœur. Synon. charmer, régaler, réjouir. Qu'un mot de pitié l'eût rendu heureux, qu'une caresse l'eût délecté! (FLAUB., 1re Éduc. sent., 1845, p. 95). L'idée d'avoir engendré le délectait (FLAUB., Mme Bovary, t. 1, 1857, p. 100) :
1. Priseurs, courez à la Civette : de charmantes demoiselles vous serviront le meilleur tabac de Paris, et, en même temps que vous délecterez votre nez, vos yeux seront charmés.
BALZAC, Œuvres diverses, t. 1, 1850, p. 159.
Absol. Boileau est un homme qu'il faut avoir sous son chevet, il délecte et purifie (DELACROIX, Journal, 1847, p. 231).
B.— Emploi pronom., usuel et fam. [Le suj. désigne une pers. ou, très rarement, un animal] Tirer un très grand plaisir (d'une chose). Synon. jouir de, se régaler, se repaître.
1. [Avec un compl. prép. régi le plus souvent par à ou de] Il s'en délecte, il s'en pourlèche (SAINT-SAENS, Portr. et souv., 1909, p. 386). Je me délecte avec le gras du jambon (QUENEAU, Loin Rueil, 1944, p. 205). L'esprit du romancier se délecte dans l'analyse (BACHELARD, Poét. espace, 1957, p. 175). Béatrice se délectait à contempler les écœurants progrès de son œuvre (DRUON, Lis et le lion, 1960, p. 166) :
2. Le silence était d'une telle perfection, qu'à m'en délecter je finis par oublier de tourner les pages.
AYMÉ, Le Vaurien, 1931, p. 222.
Rem. La notion de plaisir exprimée par ce verbe est qqf. associée à des sensations perçues d'ordinaire comme désagréables. Elle [Mme de Maintenon] se délecte de sa haine jusque dans le remords qu'elle en éprouve (COLETTE, Jumelle, 1938, p. 132). [Il] se délectait amèrement de l'indifférence des siens (AYMÉ, Passe-mur., 1943, p. 135). Angoisses, où je me délectais désespérément (ARNOUX, Zulma, 1960, p. 273).
2. Absol. Lemaître se délecte et Sarcey exulte (RENARD, Journal, 1897, p. 452).
Prononc. et Orth. :[], (je me) délecte []. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. Début XIVe s. se deleter (AIMÉ, Hist. des Normands, éd. V. de Bartholomaeis, IV, XLIX, p. 220); 1365 delecter « charmer, réjouir » (ORESME, Monnaies, éd. L. Wolowski, 79); 1377 se delecter (ID., Ciel et monde, éd. A. et D. Menut, IV, 12, p. 726). Empr. au lat. class. delectare « attirer, charmer »; a évincé la forme pop. antérieure delitier (1re moitié XIIe s. Psautier d'Oxford, éd. Fr. Michel, XXIX, 1) — XVe s. ds GDF. Fréq. abs. littér. :241. Fréq. rel. littér. :XIXe s. : a) 237, b) 530; XXe s. : a) 479, b) 245.

délecter [delɛkte] v. tr. et pron.
ÉTYM. 1340; lat. delectare fréquentatif de delicere, de de-, et lacere « attirer », d'abord « faire tomber dans un piège » (→ Lacs); a remplacé l'anc. franç. delitier, deliter, v. 1120.
Vx. ou littér. Remplir d'un plaisir qu'on savoure avec délices. Charmer, flatter, régaler, réjouir. || Cette musique délecte le cœur et les sens.Délecter quelqu'un.
1 Un théologien ne doit pas appliquer son étude à délecter les oreilles en jasant.
Calvin, Institution de la religion chrétienne, 105.
2 Confusément j'apercevais bien que ce qui délectait ainsi mon jeune précepteur, c'était le spectacle même du jeu de la vie (…)
E. Fromentin, Dominique, III, p. 54.
Absolument :
2.1 On n'estime ici bas, mon enfant, que ce qui rapporte ou ce qui délecte; et de quel profit peut nous être la vertu des femmes !
Sade, Justine…, t. I, p. 22.
——————
se délecter v. pron.
ÉTYM. (V. 1361).
Cour. || Se délecter (à qqch., de qqch.) : prendre un très grand plaisir (à qqch.). Goûter, jouir (de), plaire (se), régaler (se), réjouir (se), savourer. || Se délecter à la lecture d'un livre. || Se délecter de qqch. || Je me suis délecté à l'écouter parler.
3 (…) et volontiers (je) me délecte à lire les beaux Dialogues de Platon (…)
Rabelais, Pantagruel, II, 8.
4 C'était pour lui l'heure vraiment douce de la journée, où se pouvaient gaver, délecter tout à l'aise, de belle prose administrative, ses instincts de rond-de-cuir endurci.
Courteline, Messieurs les ronds-de-cuir, IIIe tableau, I, p. 91.
5 Quand je rêve — je rêve peu — je me délecte assez souvent de ce dont ma veille sagement se prive.
Colette, l'Étoile Vesper, p. 160.
CONTR. Dégoûter. — Détester, répugner.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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